La médaille...!

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3 mai 2017

Haute altitude



14 Mai 2014, 13heures, 8042m. Nous sommes tous les quatre assis dans la neige, toussotant, l'esprit
embrumé. Il fait étonnamment chaud dans notre petite bulle sommitale. Protégés du vent nous
quittons les gants pour joindre le camp de base par téléphone. Il nous aura fallu trois jours pour
parvenir à grimper les 2 kilomètres de cette Face Sud mythique. Trois jours où le fort vent ne nous
aura pas lâché, mais trois jours également marqués par une parfaite synergie de notre équipe et une
motivation totale. Cette ascension, c'est tout d'abord un rêve qui nous tient à coeur depuis notre
premier voyage dans cette vallée magique du Nyanang Phu, au Tibet, l'année passée. C'est
également l'envie de marcher sur les traces de ceux qui ont fondé le style alpin sur les plus hautes
montagnes du monde dans les années 80. Le privilège enfin de pouvoir clore un chapitre long de
onze années, qui avait commencé en drame pour nos ainés du Groupe en 2003, avec le décès de
deux d'entres eux. Cette émotion, palpable chez chacun de nous, ne coupe cependant pas la question
de l'avenir. Existe t'il seulement un meilleur endroit pour rêver que le sommet d'un des géants du
globe ? A l'horizon on peut voir l'Everest, le Lhotse, le Makalu. Des projets pour une vie. Et même
si à ce moment précis notre futur se résume à désescalader sans erreur la voie que nous venons de
gravir, déjà se pose la question de la prochaine expé, du prochain objectif.


9 avr. 2017

Répétition hivernale de Rolling Stones - FN Jorasses

Retour sur quelques jours en face nord des Jorasses avec deux acolytes gratinés,  entre fou rires, grande peine, appréhension et mal aux bras... Tout un programme

                              
Levé de soleil sur le Cervin (vu depuis  R20)
Trois jours nous ont été nécessaires pour répéter cette voie qui me faisait rêver depuis quelques années. En 2014, deux slovènes avaient réussi à la répéter en libre, prenant au passage une belle tempête au sommet! Ils s'étaient extirpés de la face après avoir réussi à grimper proprement les 1100m de cette voie ouverte en 1979 puis répétée pour la première fois en hiver 84 par deux grimpeurs du GMHM : Grison et Grammont.



Pierre dans le beau granit au pied du crux - Bivouac à droite sur l'épaule de neige bien confortable

Nous tombons d'accord pour aller nous frotter à ce granit, (pas toujours recommandable!) avec Léo Billon. J'ai déjà pu grimper avec lui au Frêney. Son niveau technique et sa fausse modestie me pousse à m'encorder avec lui avec un plaisir non feint! Ce sera sa première hivernale dans la face, mais le jeune a de la ressource et partir à deux dans cet itinéraire me motive. Personne d'autre ne semble disponible pour ce créneau qui s'annonce venté et nous nous faisons à l'idée de porter nos gros sacs pendant quelques jours. En effet, à deux grimpeurs dans une entreprise de ce genre, il est nécessaire de porter une charge non négligeable pour le leader, ce qui n'aide pas forcément à l'aisance en terrain déversant (!)

Léo déséquipe le M8 fort raide du troisième jour

Heureusement (et malgré un pouce en vrac), Pierre Labbre semble se manifester la veille pour tenter l'aventure avec nous. Partir avec lui nous fait descendre la pression d'un cran! On transforme alors une ascension engagée à deux en une succession de longueurs où les fou rires et les tacles à la carotide fusent durant trois jours.

Dans le M8 - L23 (enchainé juste parce que c'était la plus dure sur le topo... Un beau sursaut d'orgueil et un mal de bras en règle!)

Après une première benne amplement méritée à l'aiguille et une vallée blanche dans les pates, nous remontons péniblement au pied de la face. Comme l'an passé avec Maël, je me fais avoir par deux rochers posés en bas de la Cassin... Je crois voir deux grimpeurs, le temps d'imaginer un but forcé pour grimper notre objectif...
Fausse alerte, et déjà un petit stress!!  L'appréhension est bien là. Plus d'excuse la face est vide de monde. On peut y aller tranquille

Comme souvent en hiver il faut faire la trace jusqu'à la rimaye. Nous laissons nos skis et entamons la grimpe par le début de l'éperon Walker. Les goulottes de départ de notre projet sont très sèches. Nous évitons ainsi quatre longueurs difficiles en empruntant l'itinéraire de droite.

Nous grimpons jusqu'à R9, entre temps je fais tomber une pierre sur Léo. "En plein dans le dos..."  Hubert Flantier n'aurait pas dit mieux... Un bon stress plus tard il débarque au relais en serrant les dents. Rien de grave donc mais un petit carton jaune pour ma part. Je fixe L10 pour me faire pardonner. On se prépare pour une nuit à moitié assis sur une mauvaise vire. Chacun prend son mal en patience pendant ces heures froides! Le vent forcit tranquillement.

Léo part devant le second jour, motivé à bloc et super efficace. Il franchit les longueurs soutenues  (M6 / M7 sur le topo) qui mènent au névé médian avec une rapidité étonnante. Nous avançons plus vite que prévu sans trop comprendre le topo... Il y a du matériel en place, des pitons et quelques coinceurs. Léo grimpe devant au feeling et nous tire de ce mauvais pas. Le vent fort nous secoue et la belle ambiance hivernale des Jorasses nous envahit petit à petit. 

Deuxième jour, je fixe une longueur de M6+ au dessus du bivouac. Il me faudra une bonne grosse heure pour la grimper en libre. Les passages en traversée  sont physiques et relativement malcommodes.

Pierre prend son tour lorsque le rocher devient sordide. Il en profite pour nous démontrer à quel point il n'aurait jamais pu devenir lanceur de poids professionnel. Un caillou instable qu'il jette dans le vide pour éviter qu'il ne soit déstabilisé par la corde nous arrive directement dessus. Et puisque le bougre ne lâche jamais rien il nous explique, 20 mètres plus haut, que c'est bien mieux comme ca. On ne cherche pas à comprendre sa logique et on le suit jusqu'au bivouac à R20. Je fixe alors le M6+, première longueur délicate du bastion avec sa longue traversée.



Enfin un bivouac confortable où nous dormirons allongé. Pierre, fidèle à son habitude, ne dormira pas!  Léo et moi ronflons tranquillement. L'idée de grimper le M8 de demain me serre le ventre. Je me rassure en me disant que mes journées passées à la Rive Gauche d'argentiere m'aideront surement un peu... Le vent se calme et les étoiles disparaissent. J'espère seulement ne pas glisser pendant la nuit sur Léo qui dort au bord du vide.

Le lendemain c'est double expresso un peu fadasse et baillonnette au canon. Au final la longueur de M8 n'est pas si difficile - peut être M6+ physique, mais elle a le don de me tendre. Les blocs sur lesquels il faut tirer ne semble pas hyper solides. Je prie pour qu'aucune secousse sismique ne se manifeste à ce moment là. Je me dis aussi que si la Terre pouvait rester stable encore deux jours ce serait bien. Le caillou dans cette voie ne fait pas rêver.

La longueur suivante (M7+ sur le topo) est physique. Je la grimpe en libre jusqu'à une traversée sur la gauche qui me semble trop difficile. Je pendule et débarque au relais, laissant à Pierre le champ libre pour nous montrer ses talents d'artificier dans le M7 suivant. L'ambiance est bonne et la température est remontée d'un cran. Pierre est bien efficace dans ce terrain difficile. Le plaisir de grimper avec cette fine équipe me porte... Encore une belle journée en montagne!

Léo se faufile à fond dans la fin de la Cassin  pour ne pas louper le coucher de soleil au sommet des Jorasses

Nous arrivons au névé triangulaire après un très beau rateau de chèvre en rocher parfait. Léo est encore plus énervé que la veille et il nous treuille jusqu'au sommet de la pointe Walker avec une efficacité redoutable. Bivouac au sommet, trois journées quand même un peu magique dans une ambiance saisissante. Pour moi, ce genre de voie constitue la vraie essence de l'alpinisme! Un coup d'oeil à droite dans la whymper et sa "Directe de l'amitié" me motive déjà à retourner à l'entrainement pour les prochains hivers!

Merci à vous les niots, c'était tip taupe!!

20 févr. 2017

Sur les traces d'Eric Doizeau

                              


Sur les traces d'Eric Doizeau, piolets jusqu'à la garde dans une traversée d'anthologie
L'ouverture de cette variante majeure, grimpée entièrement en libre et en tête par Doizeau nous émeut..

Première fois au sommet des Droites pour Pierre Sancier et moi...
Pour Seb qui prend la photo c'est une fois de plus!
Une longue descente nous attend pour rejoindre la rimaye, 1 kilomètre plus bas.. ché!



Les Droites!


Deux créneaux de beau sans vent sont annoncés, sur deux semaines consécutives... Avec un peu de mauvaise foi on pourrait presque être tenté de se dire qu'il fait quand même un peu trop chaud pour grimper en Face Nord...
Mais on va essayer de s'abstenir!
C'est donc ventre à terre que nous filons, par ce grand beau temps, dans les Droites avec Seb et Pierre.
PS : A noter sur le compte de Pierre, ce sera sa première Face Nord!!


La rimaye des Droites, un matin de canicule annoncée...
On dirait pas qu'il fasse si chaud finalement non?!


Après une approche tranquille, nous fixons la rimaye avec le Capitaine. Pendant ce temps Seb nous façonne un petit havre de paix 4 étoiles en installant la tente et en préparant le bivouac. Une manière comme une autre de nous souhaiter une bonne Saint Valentin en ce 14 Février... Nous aussi les hommes avons besoin d'un peu d'attention en cette journée si particulière...




Quelques petits spins et la chute d'un bouchon de neige dans notre auvent ponctuent la fin de soirée. Au dessus les Droites se dressent, bien imposantes... Demain sera un autre jour. Heureusement!


Pierre, absorbé par l'assurage qu'il me promulgue, en profite pour regarder vers le bas les belles ligne de fuite que nous venons de grimper.

C'est finalement à l'heure où certains dégustent (à juste titre d'ailleurs...), un Banania savoureux, que nous nous présentons au pied du bastion. 8 heures du matin passées, mais la section verticale (très raide et très dure comme certains seraient tentés de la décrire) ne présente que 200 mètres de hauteur. Et ce sera largement suffisant pour nos petits bras!
Pour Pierre, la mise "sur le pied" semble prendre. Pas chétif, l'homme s'en sort à merveille dans ce dédale de dièdres, de dalles (justement) et de fermetures multiples du bras. Ce n'est qu'en regardant les photos, à posteriori, que je me rendrai compte de son air quelque peu distrait à l'assurage...


Une première longueur... Majeure! 60 mètres et droit dans l'axe. J'ai beau être une quiche en orientation, je me suis même pas perdu


"Des conditions pas faciles!" Chris Dumarest lui même n'aurait pas dit mieux. Et pourtant il ne s'agit pas ici d'enchaînement royal ni même de traversée pastorale... Pas de pygmalion ni de recherche intemporelle. On va déjà commencer par brasser, puis par zipper et en enfin on se permettra ... de déneiger! Si possible sans faire trop de "peine"...



La "peine"... un état d'esprit tant de fois exprimé... Mêlant à VOLO dégradation du Moi et effort immense, la reptation verticale à l'état pur. C'est bien de cela qu'il s'agit, une heure et demi par longueur et c'est ça qui est bon.





Il convient de noter que lorsque que le créneau de beau temps arrive, Pierre Labbre doit normalement s'en remettre à ses obligations de Grand Guide. C'est... comment dire?.. Normal! Sa vie se définissant par une opposition nette et totale entre ses disponibilités et les créneaux météo, il convient donc qu'il loupe ces quelques journées de beau temps hivernal. "Un enfer!!" selon ses dires. C'est donc avec une pensée émue pour lui que nous gravissons les longueurs mythiques que proposent la voie Rheml Vimal à nos lames affutées.
(Pardonnez les références et auteurs cités ici mais on a les maîtres qu'on mérite...
On est un peu loin de Spinoza et René Char mais Dumarest et Pierre Labbre ne sont ils pas les philosophes injustement ignorés de notre temps?)



"C'est pas le quartier qui me quitte..."




Afin de sublimer la sensation d'isolement et pour que la notion d'engagement alpynistyque prenne tout son sens dans cette face nord incontournable, je nous ai proposé (de force) d'apporter un peu d'ambiance musicale. C'est donc, telle la caille-ra des Droites que j'ai imposé à mes compagnons une play list de 5 morceaux tournant en boucle sur le téléphone en haut parleur.
Entre autres pour Seb, dans L4, très raide et austère du bastion, c'est donc BOOBA lui même qui déclarait, à bloc dans le Crosscall "C'est pas la quartier qui me quitte. C'est moi ch'quitte le quartier"
Desmaison lui même avait parait il ses standards musicaux décalés...



En tous cas "le quartier ne quitte pas Seb" qui parvient à grimper, malgré la fatigue, les dernières longueurs en libre.




Nous terminons au sommet des Droites (oui tout en haut, pas d'antécime chez nous Monsieur Maynadier!) à la tombée de la nuit, coincés entre le sentiment inexprimable à l'écrit du plaisir de la grimpe achevé et de l'angoisse de la descente à commencer!
Bien à vous



5 févr. 2017

Glace en Maurienne, What else?

Seb, pas loin de basculer en rive gauche à la sortie de la longueur en M8 qui retourne les bras... et les doigts!
(la subtilité revient à arquer des prises recouvertes de glace pour passer....!)
Une fois n'est pas coutume, je laisse la parole à Seb Ratel, Maitre ès mixte, pour vous raconter une jolie semaine de glace sur ses terres :

"Ne voyez aucun lien de cause à effet si je me suis retrouvé à grimper 4 jours dans ce magnifique pays qu’est la Maurienne. Ce n’est pas parce qu’on peut loger chez ses parents et enchaîner les repas gargantuesques sans se soucier du plein du frigidaire. Ce n’est pas non plus par lien affectif avec sa terre natale. Mais ce sont, comme toujours, les conditions qui dictent les règles…
Le rendez vous est pris lundi 16 janvier avec le Caporal Max Bonniot. Il est 10h, le thermomètre affiche -18°C à Bessans. Nous optons pour une séance de mixte au soleil afin d’éviter quelques onglées toujours désagréables. Le petit Château nous offrira quelques délices glacés, nous grimperons sur ses tours sans tomber dans ses douves…

17 déc. 2016

Des US aux Drus





Fin de crux dans "Death of a cowboy" 5.13a, une super voie d'Indian Creek

Joshua Tree

Speedy Gonzales, IC