La médaille...!

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9 avr. 2017

Répétition hivernale de Rolling Stones - FN Jorasses

Retour sur quelques jours en face nord des Jorasses avec deux acolytes gratinés,  entre fou rires, grande peine, appréhension et mal aux bras... Tout un programme

                              
Levé de soleil sur le Cervin (vu depuis  R20)
Trois jours nous ont été nécessaires pour répéter cette voie qui me faisait rêver depuis quelques années. En 2014, deux slovènes avaient réussi à la répéter en libre, prenant au passage une belle tempête au sommet! Ils s'étaient extirpés de la face après avoir réussi à grimper proprement les 1100m de cette voie ouverte en 1979 puis répétée pour la première fois en hiver 84 par deux grimpeurs du GMHM : Grison et Grammont.



Pierre dans le beau granit au pied du crux - Bivouac à droite sur l'épaule de neige bien confortable

Nous tombons d'accord pour aller nous frotter à ce granit, (pas toujours recommandable!) avec Léo Billon. J'ai déjà pu grimper avec lui au Frêney. Son niveau technique et sa fausse modestie me pousse à m'encorder avec lui avec un plaisir non feint! Ce sera sa première hivernale dans la face, mais le jeune a de la ressource et partir à deux dans cet itinéraire me motive. Personne d'autre ne semble disponible pour ce créneau qui s'annonce venté et nous nous faisons à l'idée de porter nos gros sacs pendant quelques jours. En effet, à deux grimpeurs dans une entreprise de ce genre, il est nécessaire de porter une charge non négligeable pour le leader, ce qui n'aide pas forcément à l'aisance en terrain déversant (!)

Léo déséquipe le M8 fort raide du troisième jour

Heureusement (et malgré un pouce en vrac), Pierre Labbre semble se manifester la veille pour tenter l'aventure avec nous. Partir avec lui nous fait descendre la pression d'un cran! On transforme alors une ascension engagée à deux en une succession de longueurs où les fou rires et les tacles à la carotide fusent durant trois jours.

Dans le M8 - L23 (enchainé juste parce que c'était la plus dure sur le topo... Un beau sursaut d'orgueil et un mal de bras en règle!)

Après une première benne amplement méritée à l'aiguille et une vallée blanche dans les pates, nous remontons péniblement au pied de la face. Comme l'an passé avec Maël, je me fais avoir par deux rochers posés en bas de la Cassin... Je crois voir deux grimpeurs, le temps d'imaginer un but forcé pour grimper notre objectif...
Fausse alerte, et déjà un petit stress!!  L'appréhension est bien là. Plus d'excuse la face est vide de monde. On peut y aller tranquille

Comme souvent en hiver il faut faire la trace jusqu'à la rimaye. Nous laissons nos skis et entamons la grimpe par le début de l'éperon Walker. Les goulottes de départ de notre projet sont très sèches. Nous évitons ainsi quatre longueurs difficiles en empruntant l'itinéraire de droite.

Nous grimpons jusqu'à R9, entre temps je fais tomber une pierre sur Léo. "En plein dans le dos..."  Hubert Flantier n'aurait pas dit mieux... Un bon stress plus tard il débarque au relais en serrant les dents. Rien de grave donc mais un petit carton jaune pour ma part. Je fixe L10 pour me faire pardonner. On se prépare pour une nuit à moitié assis sur une mauvaise vire. Chacun prend son mal en patience pendant ces heures froides! Le vent forcit tranquillement.

Léo part devant le second jour, motivé à bloc et super efficace. Il franchit les longueurs soutenues  (M6 / M7 sur le topo) qui mènent au névé médian avec une rapidité étonnante. Nous avançons plus vite que prévu sans trop comprendre le topo... Il y a du matériel en place, des pitons et quelques coinceurs. Léo grimpe devant au feeling et nous tire de ce mauvais pas. Le vent fort nous secoue et la belle ambiance hivernale des Jorasses nous envahit petit à petit. 

Deuxième jour, je fixe une longueur de M6+ au dessus du bivouac. Il me faudra une bonne grosse heure pour la grimper en libre. Les passages en traversée  sont physiques et relativement malcommodes.

Pierre prend son tour lorsque le rocher devient sordide. Il en profite pour nous démontrer à quel point il n'aurait jamais pu devenir lanceur de poids professionnel. Un caillou instable qu'il jette dans le vide pour éviter qu'il ne soit déstabilisé par la corde nous arrive directement dessus. Et puisque le bougre ne lâche jamais rien il nous explique, 20 mètres plus haut, que c'est bien mieux comme ca. On ne cherche pas à comprendre sa logique et on le suit jusqu'au bivouac à R20. Je fixe alors le M6+, première longueur délicate du bastion avec sa longue traversée.



Enfin un bivouac confortable où nous dormirons allongé. Pierre, fidèle à son habitude, ne dormira pas!  Léo et moi ronflons tranquillement. L'idée de grimper le M8 de demain me serre le ventre. Je me rassure en me disant que mes journées passées à la Rive Gauche d'argentiere m'aideront surement un peu... Le vent se calme et les étoiles disparaissent. J'espère seulement ne pas glisser pendant la nuit sur Léo qui dort au bord du vide.

Le lendemain c'est double expresso un peu fadasse et baillonnette au canon. Au final la longueur de M8 n'est pas si difficile - peut être M6+ physique, mais elle a le don de me tendre. Les blocs sur lesquels il faut tirer ne semble pas hyper solides. Je prie pour qu'aucune secousse sismique ne se manifeste à ce moment là. Je me dis aussi que si la Terre pouvait rester stable encore deux jours ce serait bien. Le caillou dans cette voie ne fait pas rêver.

La longueur suivante (M7+ sur le topo) est physique. Je la grimpe en libre jusqu'à une traversée sur la gauche qui me semble trop difficile. Je pendule et débarque au relais, laissant à Pierre le champ libre pour nous montrer ses talents d'artificier dans le M7 suivant. L'ambiance est bonne et la température est remontée d'un cran. Pierre est bien efficace dans ce terrain difficile. Le plaisir de grimper avec cette fine équipe me porte... Encore une belle journée en montagne!

Léo se faufile à fond dans la fin de la Cassin  pour ne pas louper le coucher de soleil au sommet des Jorasses

Nous arrivons au névé triangulaire après un très beau rateau de chèvre en rocher parfait. Léo est encore plus énervé que la veille et il nous treuille jusqu'au sommet de la pointe Walker avec une efficacité redoutable. Bivouac au sommet, trois journées quand même un peu magique dans une ambiance saisissante. Pour moi, ce genre de voie constitue la vraie essence de l'alpinisme! Un coup d'oeil à droite dans la whymper et sa "Directe de l'amitié" me motive déjà à retourner à l'entrainement pour les prochains hivers!

Merci à vous les niots, c'était tip taupe!!

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