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Verdon
"Tom et je ris"
Copyright Pehuen Grotti

GMHM

24 mars 2011

L'expérience est un peigne que vous donne la vie quand vous êtes devenus chauves




Ablok, mardi 8. Condamnés à muler dans une salle à l'atmosphère plus que cotonneuse, les avants bras transis par l'acide que nous procurent ces mauvaises prises rouges, nous errons
de bloc en bloc. Les runs mitraillette et autres stratégies long-termistes s'enchaînent, bizarrement sans grand succès...

Tout boiteux qu'il est (le stage écossais n'ayant rien arrangé) ce bon sac osseux de Maël daigne finalement me lâcher le projet qui lui trotte dans la tête. Le couloir Nord des Drus...
Je sais pas du tout de quoi il s'agit et mes premières recherches sur internet me révèlent que ce "couloir" n'a pas l'air aussi débonnaire que son nom l'indique. La lecture du récit par les ouvreurs me hérisse légèrement... Jugez plutôt : "Après une nuit au sommet des Grands Montets, les deux alpinistes se dirigent vers le pied du couloir et arrivent à la rimaye à midi, non sans avoir creusé, pour y parvenir, des "centaines de mètres de tranchée dans la neige profonde" Après un premier bivouac avec hamac, les alpinistes repartent, non sans avoir scruté avec angoisse, les filaments nuageux poussés par le vent du sud. "La pénible besogne de l'extraction des duvets et de la levée de camp demande plus d'une heure. Mais ce n'est qu'un amusement comparé à la traversée vers la gauche qui nous attend. Rochers moutonnés et carapaçonnés de glace, pitons aléatoires, relais précaires, amorce d'un dévissage, heureusement enrayé par un planter désespéré du "Condor" (marque du piolet spécial)". Une journée entière d'escalade athlétique, au-delà de la verticale, leur sera nécessaire pour atteindre leur deuxième emplacement de bivouac." 


La totalité du récit sur le lien ci-dessous, c'est marrant à lire, les types étaient vraiment des énervés!


Maël callé au soleil de l'intermédiaire des Grands Montets
Bref je me donne la nuit pour réfléchir. Ok pour moi. Aller retour expressément écologique pour récupérer mon barda à Briançon et me revoilà à Grenoble, gonflé à bloc. On est le 10, le temps sera top avec un bel anticyclone centré sur le petit dru. Nikel. Je me retrouve donc le soir même dans mon duvet à m'envoyer des grands lyoph dans la gare d'arrivée relativement sordide des Grands Montets.
Lever 3h30 départ une heure plus tard.
Pour l'accés on avait vu des traces la veille qui montaient comme convenu légèrement a gauche vers une oreille de lapin. On les suit, elles redescendent dans une grande pente de neige de l'autre côté.
On voit ces traces bifurquer à gauche pendant la descente mais elles vont se perdre dans des murs raides donc on se dit que c'est pas là. En plus ça continue de descendre donc on suit. Ca bute sur des barres avec une cordelette. On fait trois rappels... Ca commence à pas être du tout ce qui était prévu. On installe des cordelettes sur des béquets pour descendre parce qu'on a perdu leurs traces après un rappel...
On prend pied sur le glacier, il commence à faire jour. On sait qu'on est déjà en retard mais on se prend pas la tête on suit les traces sur le glacier en direction du pied du couloir. Manque de bol ces traces s'arrêtent devant une crevasse infranchissable et font demi tour.
On descend encore bien 300 m sur le glacier. On sait que c'est pas du tout là qu'on devrait être. On décide de traverser le glacier tout droit en direction du couloir. On brasse comme des cochons et c'est pas mal crevassé. On se faufile au mieux et on arrive finalement de l'autre côté. On est calmé par l'altitude on brasse sans avancer. On en chie.
8h00 on est au pied de la rimaye. On pensait y être à 6h30 sans avoir trop forcé. On a presque 2h de retard et un coup dans l'aile. Je me dis qu'il faut vraiment que je m'entraine... Je pars corde tendu dans les goulottes de départ. Enfin on avance un peu!
9h00 au pied des longueurs de mixte facile. Il y en a deux avant les parties rocheuses. C'est très sec et je me mets bien au také sur ces vieilles dalles dures a protéger. J'ai une pensée émue pour ce bon Jager avec ses Condors! Maël passe devant à la suivante. Il fait une longueur de 4 sur des dalles recouvertes de poudreuse pas trop protégeables. Il est 11h00. On a vraiment brésaillé (surtout moi) pour faire deux longueurs de 4 sup en deux heures...
Aprés les deux longueurs de mixte.
 Déjà une belle ambiance bien sévère!
Je repasse devant pour une longueur courte qui arrive au pied de la longueur d'artif. Maël prend le relais. Il avance bien. En second j'en chie. Je n'ai jamais fait d'artif du coup je suis a mille lieues d'être efficace même en second. Je fais que tracter, j'ai les bras qui explosent. Arrivé au relais je me sens pas de repartir dans un truc qui a l'air pareil si ce n'est pire. Je me sens plus du tout gaillard. Je suis aussi impressionné d'être dans cette face que je trouve raide et austère. Je demande à Maël de poursuivre. Il est cool ça lui pause pas de problème. Il s'en sort super bien. Derrière je trouve ça dur...
Petite longueur juste avant l'artif
Même principe pour la longueur suivante, il reste devant. C'est là qu'on s'est pinné je crois. De la terrasse où on était le topo disait de partir à droite pour une cheminé en 4 de 20m qui donne pied sur le couloir. On voit rien à droite. Il y a une fissure tout droit avec un piton. C'est là? Ça a l'air dur pour du 4... En second je me rend compte qu'on est plus proche du 6c que de 4+.Je suis content d'être en second! Ce bougre de Maël m'impressionne. On aurait du prendre à droite à la terrasse... Mais où? Plus tard en regardant les photos sur internet je reconnais la terrasse et les mecs partent à droite dans des plaquages faciles. Nous on a vu que des dalles lisses.

Départ de la deuxième longueur d'artif, plus dure

Je rejoins Mael. Au dessus de nous il butte dans des dalles sans fissures.
Arrivée de la troisième longueur dure, un bon morceau!
Encore bravo à Maël pour ce bel effort
Il me rejoint après un rappel sur un relais qu'on présume être un relais de but. Il est 16h30. J'ai jamais dormi à l'improviste en montagne. Maël, lui l'a déjà fait. On a un rechaud avec de la bouffe. Mais pas de duvet. J'aime pas trop beaucoup ça...!
Si on décide de continuer ça veut dire qu'on redescend la longueur qu'on vient de faire et qu'on ré esssaye à droite là où on a vu que ça passait pas??? Je comprend pas comment on va faire et je suis plus du tout apte à me lancer en tête dans ce rocher de plus en plus dur. Pour la glace ok mais là... Petite concertation. On tape les rappels. 1H30 plus tard on est en bas. Pas de corde coincée. Ouf!
On passe sous les drus au coucher du soleil c'est trop classe!

Côté soleil l'ambiance est plus cool
Aprés c'est moins drôle on a brassé comme des chiens dans de la vielle neige croutée qui enfonce un coup jusqu'au genou et le coup d'après jusqu'au ventre. Maël a mal au talon et moi au genou... On est défoncé. On descend les échelles et on prend pied sur la mer de glace. On suit des traces qui portent bien puis on aperçoit une lumière en bas du glacier. Il y a un tunnel, on rentre... Avec la fatigue on a l'impression de délirer. On tombe pile sur la relève des ouvriers. Ils nous ramèneront à Chamonix aprés un voyage de fou dans des galeries monstrueuses et une redescente par le téléphérique d'EDF. Gros respect d'ailleurs à notre compagnon de fin de journée qui s'est envoyé 2km de marche arrière en tracteur en nous transportant gentiment sur une petite palette. Mythique.

Il est 23h00 on fait du stop pour rentrer au parking des Grands. La première voiture qui passe s'arrête. On a trop de chance aujourd'hui. 20 minutes plus tard on arrive aux Houches chez Sylvie qu'on avait croisé la veille avec Ben. Ils devaient aller faire une voie aux droites mais sa fixe de ski à cassé pendant la jonction téléphérique-refuge. Les boules!

Soirée chez Sylvie. (Comme le dit super connard une bonne douche fait vraiment du bien.)

Vraiment "Trop d'la balle!!"
...Et cette expérience de la calvitie me direz-vous! Sans vouloir "taper mon cevi" c'est quand même le titre de ce petit billet. Et bien aujourd'hui elle nous aura dégarnie un petit peu. Juste ce qu'il faut pour garder la motiv. En tout cas ce fut l'occasion de se mettre une bonne trash et surtout de découvrir un compagnon de cordée des plus délicieux. Bises ma couille. Tchou!

2 commentaires:

  1. Oh que je vais aimer ce doux blog !!

    Ta sister

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  2. Délicieuse aventure. Peut on envisager la prochaine fois le dit "coup de téléphone à un ami" qui aurait pu suggérer l'utilisation de ski pour que l'aventure soit moins besogneuse??

    Didi

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